Frelon asiatique – Les enjeux de la lutte contre le frelon asiatique

Environnement
10 avril 2026

Samedi 14 mars, les ambassadrices et ambassadeurs de la haie s’étaient donnés rendez-vous à Falaise pour une matinée de sensibilisation autour de la lutte contre le frelon asiatique. Ils ont pu compter sur l’expertise et retours d’expérience de Maud RANNOU, apicultrice amateure et membre de l’Abeille Normande du Calvados ainsi que celles de David PHILIPPART, directeur de la FREDON Normandie.

La haie : refuge possible pour un prédateur exotique redoutable

Les haies ont de nombreux bénéfices dont celui d’apporter le gîte et le couvert à la petite faune. Les qualités mellifères de certaines essences bocagères profitent ainsi à de nombreuses espèces pollinisatrices comme les abeilles. Or, depuis quelques années maintenant, ces mêmes haies qui aident à leur survie sont devenues le refuge d’un farouche prédateur : le frelon asiatique qu’il convient mieux d’appeler frelon à pattes jaunes (Vespa velutina).

Source : Syndicat apicole du Doubs, 2026

Introduit accidentellement en France en 2004 dans le Lot et Garonne, l’espèce s’est particulièrement bien acclimatée à nos régions et n’a cessé de se propager depuis. Avec une capacité d’expansion de 60 km par an, elle a su coloniser tout le territoire français et même au-delà. Sans prédateurs naturels, rien ne peut arrêter cette espèce que David PHILIPPART assimile à une véritable « machine de guerre » en raison de sa stratégie de reproduction particulièrement efficace.

Un peu de biologie !

Apicultrice amateure depuis 6 ans, Maud RANNOU ne peut qu’approuver la formule, elle qui en première ligne observe les dégâts importants causées sur ses ruches. Pour mieux comprendre le lien entre le frelon à pattes jaunes et les abeilles, elle propose alors de nous décrire son cycle biologique découpé en sept phases.

  • Hivernagedécembre à fin janvier

Les futures reines fondatrices, uniques survivantes de la colonie, se cachent pour hiverner.

  • Emergence des fondatricesfévrier à avril

Arrivée du printemps : les reines fondatrices émergent et cherchent alors un endroit abrité pour bâtir un nid primaire qui verra naître les premières ouvrières.

Note1 : Grand comme une balle de tennis ou une clémentine, le nid primaire est souvent installé à l’abri des intempéries. Cabane de jardin, avancée de toiture, encadrement de fenêtre sont autant d’endroits potentiels favorables.

  • Naissances des premières ouvrièresfin avril, courant mai

Les ouvrières prennent le relais : elles s’occupent à leur tour des larves et continuent d’agrandir le nid.

  • Prédationde juin à octobre

L’espace manquant, la colonie déménage au début de l’été dans un nid secondaire1. C’est à partir de cette période que les abeilles subiront une prédation2 qui ne cessera de s’intensifier avec le développement de la colonie jusqu’au milieu de l’automne.

  • Reproductionoctobre

Les nids émettent des mâles en nombre pour s’accoupler avec les femelles appelée gynes.

  • Dispersion des futures fondatricesnovembre

Une fois fécondées, les gynes quittent le nid pour chercher une cachette où passer l’hiver. Elles seront les futures reines fondatrices.

  • Mort des ouvrièresdécembre

Les dernières ouvrières continuent à occuper le nid (et à visiter les ruchers) où elles mourront avec le froid de l’hiver.

Source : Fredon Centre Val de Loire, 2026

Le frelon à pattes jaunes en quelques chiffres

  • 1 mètre : c’est la taille que peut atteindre un nid secondaire mature pour un diamètre de 80 cm en moyenne.
  • 6 500 : c’est le nombre total d’individus que peut contenir un nid secondaire à maturité
  • 13 000 : C’est le nombre de frelons cumulé dans un nid sur une saison
  • 11 kg : c’est le poids de la biomasse d’insectes consommée par une colonie en une saison

 

Source : ALLO FRELONS, FREDON

 

Les enjeux de la lutte contre le frelon à pattes jaunes

La lutte contre le frelon à pattes jaunes répond à des enjeux à la fois économiques, environnementale et sanitaire.

  • Impact économique

Différentes professions se voient impactées par la présence du frelon à pattes jaunes avec en première ligne de mire les apiculteurs qui perdent chaque année de nombreuses ruches. Les abeilles subissent une prédation importante et un stress qui les épuise, perturbe le bon fonctionnement de la colonie mettant parfois sa survie en péril.

Les producteurs de fruits (vignes et vergers notamment) sont aussi impactés tout comme les pêcheurs et poissonniers qui voient leurs étals assaillis par des frelons en quête de protéines pour nourrir leurs larves.

  • Impact sanitaire

Sauf en cas d’allergie, la piqûre d’un frelon à patte jaune n’est pas plus dangereuse que celle de son cousin européen ou même d’une guêpe. Le plus grand risque encouru est celui d’une attaque collective qui peut alors se révéler alors mortelle. Celle-ci se produit lorsque les frelons estiment leur nid menacé.

La majorité des accidents proviennent lors de l’entretien des jardins et espaces verts. 90 % des cas de piqûres ont lieu avec un nid à moins de 3 mètres de hauteur. Il convient donc d’être particulièrement vigilant avant chaque intervention (tonte, taille des haies, etc.).

  • Impact environnemental

Prédateur insatiable, on estime qu’une colonie de frelons à pattes jaunes consomme en moyenne 11,32 kg de protéines provenant majoritairement d’autres insectes.

En rapportant ce chiffre aux nombres de nids détruits depuis le début de la lutte en 2017, ce sont 355 tonnes d’insectes qui auraient été consommées si les nids n’avaient pas été détruits dans le Calvados, soit plus d’un millier de tonnes à l’échelle de la région Normandie (FREDON, 2026).

Une lutte organisée

  • La destruction des nids secondaires

Encadré par la FREDON, un plan de lutte collective contre le frelon à pattes jaune est en place depuis 2017 dans le Calvados.

Les communautés de communes qui décident d’intégrer ce plan de lutte acceptent de financer l’animation mise en place par la FREDON. En échange, les communes du territoire bénéficient d’une aide pour la destruction des nids secondaires durant la période estivale.  Elles ont ainsi accès à une plateforme sur laquelle elles peuvent signaler la présence d’un nid et déclencher l’intervention d’un prestataire dans les 3 jours maximums (50 % des interventions se font le jour même).

Le Conseil Départemental apportait jusqu’alors une aide financière de l’ordre de 30 %, le reste étant à la charge des communes. Cette aide ne sera malheureusement plus renouvelée à compter de 2026.

  • Le piégeage de printemps

Porté par le Groupement de Défense Sanitaire national, FREDON France et les représentants des apiculteurs, un plan de lutte national décliné depuis 2023 envisage le piégeage de printemps comme méthode de lutte. Celui-ci vise la capture des futures reines fondatrices en émergence à cette saison.

Pour être efficace et ne pas porter atteinte à la biodiversité, le piégeage de printemps nécessite de respecter des règles strictes. Animé par un référent communal, la campagne doit se dérouler sur une période précise et doit utiliser des pièges dont l’efficacité a été scientifiquement reconnue (exemple des pièges coréens et japonais). Un minimum de 10 pièges placés judicieusement est nécessaire pour obtenir un résultat impactant à l’échelle d’une commune.

La lutte en quelques chiffres

  • 469 communes engagées dans le Calvados
  • 93 % des communes engagées ont signalé au moins un nid
  • 7 000 signalements de nids sur la plateforme en 2025 (de 43 à 129 nids déclarés par jour)
  • 6 074 nids détruits en 2025

 

Source : FREDON

 

Si vous souhaitez davantage d’informations, n’hésitez pas à contacter les structures suivantes :

 

Karl GOEDTGHELUCK
Chargé de mission développement filière bocage
Communauté de Communes du Pays de Falaise
haies@paysdefalaise.fr
07 60 71 93 00

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